L’essor du fret ferroviaire : Entre opportunités et pragmatisme

Le transport mondial de marchandises est essentiellement maritime. Toutefois, le fret ferroviaire et le transport routier intègrent souvent des solutions de transport multimodal. Si cette équation semble habituelle, les choses pourraient bien changer.

En effet, le développement du fret ferroviaire s’accélère fortement notamment dans le cadre des ambitions chinoises. Nous pouvons alors nous demander si à terme cette tendance ne va pas se généraliser et devenir pérenne dans toutes les économies modernes.

Le réseau ferré se développe entre la Chine et l’Europe

Le 18 août 2020, une nouvelle ligne de transport de marchandises par chemin de fer a été inaugurée entre Shenzhen et Duisburg en Allemagne. Cette ligne permet d’acheminer diverses marchandises telles que de l’électronique ou le textile via un trajet longue distance de 13 438 km.

Or, cette ligne n’est ni la première ni la dernière. Les liaisons entre la Chine et l’Allemagne existent depuis 2013, tandis que celles entre la Chine et la France existent depuis 2016. 

En 2020, ce sont près de 878 000 tonnes de marchandises qui ont transité sur des lignes ferroviaires. Et cette tendance va très certainement s’accentuer, car la Fédération ferroviaire internationale, l’UCI, estime que le trafic ferroviaire entre la Chine et l’Europe va tripler d’ici 2030.

Les nouvelles routes de la soie

Les investissements ferroviaires initiés par la Chine s’intègrent au projet des nouvelles routes de la soie.

Ce projet rassemble à la fois des liaisons maritimes, terrestres et ferroviaires. L’objectif est de relier la Chine à l’Europe. Ce faisant, les voies de transport passent par de très nombreux pays tels que la Russie, la Biélorussie, l’Allemagne, la France ou bien encore le Royaume-Uni.

En outre, le projet prévoit de sécuriser l’approvisionnement en matières premières de la Chine pour préserver ses intérêts économiques. Au total, ce projet concerne 68 pays et représentera à terme 40% du PIB mondial[1].

Les atouts du transport ferré

Si l’intérêt de la Chine est avant tout de se prémunir de tout ralentissement commercial dû à des tensions diplomatiques, les transports ferroviaires restent une opportunité pour le futur du transport international.

Comme nous l’avons vu avec la crise de la COVID-19, le transport maritime n’est pas à l’abri de bouleversements. Par conséquent, privilégier des modes de transport variés dont le ferroviaire prend tout son sens.

D’autant que ce dernier possède de nombreux atouts. Il est bien plus rapide que le transport maritime tout en étant aussi moins cher que le transport aérien. Plus important encore, il est bien plus efficace pour lutter contre le réchauffement climatique, car le transport par rail émet trois fois moins de carbone que le transport maritime et vingt fois moins que le transport routier.

Quid de la France ?

Pour gagner en compétitivité, la France devra réorienter fortement sa stratégie de transport. En effet, alors que le transport ferré représentait 22% du fret en 1970, il représentait moins de 10% du volume total en 2020.

C’est la raison pour laquelle, les autorités chinoises ont intégré à leur projet mondial des pays comme l’Allemagne ou la Suisse où les transports ferroviaires représentent respectivement 18% et 35% des marchandises.

Pour conclure, l’avenir du fret ferroviaire se joue donc, comme souvent, à la croisée des intérêts commerciaux et politiques. L’essor de ce type de transport dépendra donc en partie des projets politiques européens. Quoi qu’il en soit, ce mode de transport qui sait être à la fois performant et innovant est peut-être celui du futur.


[1] Le Monde : La Chine veut restaurer la route de la soie, non sans périls